Internet du futur : tendances et débats 2

Voici les notes que j’ai recueillies lors de la matinale «Internet du futur. Quelles tendances, quels débats ?» organisée par la Technopole Rennes Atalante le 30 mars 2011 à Rennes. Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’intervention d’ Yves Gassot, patron de l’Idate, sur le site internet de la Technopole Rennes Atalante.

Yves Gassot, Directeur Général d’Idate

Interview vidéo d’Yves Gassot en fin d’article.

 

 

Internet : que s’est-il passé au cours des derniers mois ?

 

Google a gagné son pari : l’OS Androïd est un véritable succès.

Androïd est en passe de dépasser l’OS d’Apple sur Iphone. Le contexte d’incertitude reste dominant du point de vue des usages. 20% des consommateurs «seulement» ont opté pour un smartphone, mais 50% des nouveaux utilisateurs des réseaux mobiles optent pour un smartphone.
En contrepoint : le succès d’Androïd est lié à la politique d’accords exclusifs menée par Apple avec les opérateurs. Google a trouvé un partenaire de choix avec Samsung, profitant de sa taille, mais quid de l’avenir si Samsung développe son propre OS ? En attendant Android est un élément central pour une dizaine d’acteurs qui ont fait le choix de cet OS.

Nokia en difficulté

Depuis 10 ans les analystes ne comprennent pas comment il arrive à rester en tête sur un marché aussi concurrentiel (33% de part de marché). Mais Nokia a tout loupé depuis trois ans sur l’innovation. L’OS proposé par Microsoft à l’automne 2010 a été évalué de façon positive par les experts, mais l’OS de Microsoft part d’une toute petite part de marché et avec beaucoup de retard. Les mois qui viennent vont être difficiles. La dernière carte de Nokia a été de transformer son OS, ce qui a été un échec. Pour les européens, dont le mobile était un point fort jusqu’à présent grâce à Nokia, le paysage est radicalement différent. On est partis sur les rives du pacifique…

Pour Apple, la monté de Google n’est pas un échec.

L’objectif d’Apple n’est pas d’être n°1, mais d’être un champion de l’innovation. Une réussite en 2010. Apple a dépassé la valorisation de Microsoft en 2010. Apple pourrait devenir la première valorisation américaine. La pomme a réussi son pari d’imposer un nouveau terminal avec l’Ipad.

 

Le terminal joue dorénavant un rôle prépondérant dans l’industrie du net.

Jusqu’à présent le terminal n’était pas considéré comme la partie la plus noble dans les analyses de marché et de développement. Les choses ont changé : l’histoire récente d’Apple montre qu’un terminal ce n’est pas seulement une réussite d’ergonomie, mais c’est tout un univers d’applications. A la fin, c’est toujours le contenu qui est le plus important «Content is king». L’App Store est une innovation conceptuelle fondamentale.
Google a lui aussi développé son propre «App Store», de même que Facebook est aussi une plateforme de téléchargement d’applications. «La fin du web» (article paru dans le magazine Wired l’année dernière) revient à dire qu’on ne consomme plus du web au sens classique : chacun, dans ses usages, fragmente le web. L’internet est tiraillé dans différentes directions. De ce point de vue, le terminal est devenu un élément structurant des différentes stratégies possibles.

La nouvelle génération de réseau arrive.

Le LTE ou 4G a fait ses premiers pas en 2010 en Europe du nord, au Japon et aux USA. On peut se réjouir du choix du LTE, mais en même temps, le développement et l’apprentissage se fait surtout aux USA (même si Ericsson et Alcatel Lucent participent et on d’ailleurs trouvé des marché significatifs, voire vitaux).
Bonne nouvelle, le LTE fonctionne ! Les calendriers et les attentes en terme de performances sont respectés. Les premier terminaux LTE vont arriver dans les semaines qui viennent. Mais l’Europe n’est pas en pointe. Passer au LTE, c’est investir dans des nouvelles infrastructures, acheter les fréquences. La pression des chinois est forte, les chinois cherchent à imposer leur propre technologie dans ce domaine.

Déploiement des réseaux filaires en fibre optique.

Très forte avance des marchés asiatiques, du fait de la très forte concentration urbaine. Les Etats-Unis restent en avance par rapport à l’Europe. Les américains consomment beaucoup plus de télévision, or c’est l’image et la vidéo qui structurent aujourd’hui le marché des télécommunications. En Europe dans ce domaine, on a pas le même marché, donc pas les même niveaux d’investissements.
Dans ce contexte d’incertitude et d’impatience, on voit monter des questionnement sur la nature des opérateurs des télécommunication et les acteurs de l’internet.

 

« Pourquoi n’a-t-on pas fini de reparler de la Net neutralité ? » ou la question du financement de l’internet du futur.

Le débat, avec celui de la fibre optique, constitue un des terrains chauds d’affrontements entre les acteurs d’internet. Le trafic croît de 50% par an, principalement à cause de la vidéo. La vidéo amplifie les phénomènes de pics, qui peuvent entraîner des congestions. Parallèlement les opérateurs investissent beaucoup, entre 10 et 15% de leurs revenus, environ 5 milliards d’euros investis tous les ans par Vodaphone.

Pour les fournisseurs de contenus, il n’y a pas de relation directe entre les revenus et le trafic. Youtube ne pourrait pas vivre sans Google. Netflix (location de vidéo en ligne) représente 20% du trafic le soir à partir de 19 heures aux USA. Mais les modèles économiques des acteurs sont très différents (Netflix, Hulu ou BBC on line par ex.)

Autre caractéristique : l’asymétrie de plus en plus importante des flux. Flux descendant 12 à 14 fois supérieur que le flux ascendant, ce qui a pour conséquence de déstabiliser les modèles économiques.

Revenus stables ou décroissants + trafics de plus en plus important  = équation difficile à résoudre aujourd’hui pour les opérateurs.

Ce constat est fait sur un système de flat rate, où la consommation réelle des clients n’est pas prise en compte (forfaits).

Que faire ?

  • Sortons du flat rate ! Il faut des offres optimisées pour segmenter le marché et tenir compte des consommations réelles.
  • Faisons payer la qualité : pas de raison que la fibre optique ne soit pas différenciée de l’ADSL
  • Passer par l’offre de service, exemple : France Telecom peut offrir le service de musique Deezer. Reprendre l’innovation en matière de service.

Conclusion : il y a un futur pour les opérateurs de télécommunications dans l’internet du futur !
[br]
Question WebPatron : l’internet du futur, ce sont aussi les nouveaux usages, et en particulier ceux des médias sociaux. Quelle est votre analyse de l’impact des médias sociaux sur le futur du web en ce printemps 2011 ?
Réponse en image :

 

Yves Gassot from lionelmyszka on Vimeo.

 

Auteur du billet : 

J'accompagne les entreprises dans leur communication sur les médias et réseaux sociaux : stratégies de contenu et d'animation, community management, formation, conférences. Je suis basé à Rennes, en Bretagne.

  • la question pourrait être : qu’est ce qui est important pour Apple : Avoir la meilleure part de marché OS (qui reste une vision passéiste d’éditeurs) ou la meilleure part comparée de marché des smartphones et des tablettes avec IOS ?
    Qu’est ce qui est finalement le plus ouvert ? Un marché d’ingénieurs « open source » qui rapporte peu ou un écosystème marché de développeurs d’applications et de fournisseurs de contenus qui ne peut se passer de cette valeur d’image qui rapporte 30 % à My Apple Company?

  • Vous répondez à la question :)
    Reste que la valeur d’image est une donnée très variable. Apple a déjà connu ça dans le passé. Je me souviens d’une étude de cas que j’avais eu à traiter en 1996 où la question posée était de savoir comment Apple pouvait revoir sa stratégie marketing, changer sa mauvaise image (matériel cher et vraiment utile qu’aux graphistes) et assurer sa survie…