Les français et les réseaux sociaux : l’ère du tri

UFC - Que Choisir

« Que Choisir » porte plainte contre Facebook, Twitter et Google. David contre Goliath. L’initiative de l’association de protection des consommateurs veut répondre aux français de plus en plus nombreux à vouloir comprendre, contrôler et choisir. L’ère du tri a commencé.

L’association UFC-Que choisir a déposé une plainte contre Facebook, Twitter et Google. Les 3 grands réseaux sociaux n’ont en effet jamais répondu à la mise en demeure de l’association de modifier leurs conditions générales afin de clarifier l’utilisation des données personnelles et de mettre cette utilisation en conformité avec la loi française.

Je trouve fondée, cette volonté de clarification qui répond aux attentes d’une grande majorité d’utilisateurs inquiets. Je m’interroge davantage sur la faisabilité d’une conformation à la loi française face à ces organismes géants, présents sur la totalité du globe, acceptés peu ou prou par le milliard et demi de personnes (au minimum) qui les utilisent au quotidien.

Ce n’est pas parce que tout le monde le fait que c’est bien. C’est vrai. Mais quoi ? L’UFC-Que choisir espère-t-elle forcer Facebook, Twitter et Google à changer leurs règles d’utilisation et avec elles leurs modèles économiques et les fonctionnalités associées pour le seul territoire français ? J’en doute.

Ne peut-on rien faire ?

Nous autres français, râleurs éternels, mais aussi Révolutionnaires et inventeurs des Droits de l’Homme, pouvons et devons certainement apporter notre pierre à l’édifice. Oui, le besoin de clarification est énorme, omniprésent. Oui, maglré tout, nous avons raison d’exiger la transparence.

Je mesure ce besoin au quotidien auprès de mes interlocuteurs, souvent inquiets, au minimum circonspects, sur les intentions de ces objets étranges que sont les réseaux sociaux. Lever les peurs est la grande priorité. C’est la peur qui empêche de passer à l’acte, de s’interroger parfois même sur l’éventualité d’une utilisation de ces réseaux (je pense surtout aux entreprises).

Facebook, Twitter et Google ne sont pas des services publics.

Car finalement, après qu’on a écarté les fantasmes, beaucoup acceptent que leurs données (commentaires, likes, relations, etc.) soient finalement utilisées par les réseaux sociaux car ils estiment que ces mêmes réseaux sociaux leurs rendent de fiers services. Plus de transparence donc, pour des choix éclairés.

Car l’utilisation des données sur les réseaux sociaux n’est pas un viol. C’est une contrepartie qu’on peut accepter de livrer ou non. Empêcher leur exploitation c’est empêcher les réseaux sociaux de bâtir et nourrir leur modèle économique. C’est considérer que les services fournis par Facebook, Twitter et Google sont un dû, une sorte de service public, c’est oublier que ce sont des entreprises privées. 

Pourquoi cette initiative de l’UFC-Que Choisir arrive-t-elle maintenant ?

Elle répond à une tendance forte relevée par l‘Ifop dans son étude 2013 sur les craintes et les usages que les français concernant les réseaux sociaux.

Ainsi, selon l’IFOP, la question de la gestion des données est l’un des freins les plus importants à l’adoption de ces nouveaux outils de communication. 38% des socionautes ressentent le besoin de faire du tri. On a testé, on a vu, on a ri, on a été étonné et on a trouvé ça sympathique mais on ne va pas y passer nos vies. Nous allons garder les meilleurs outils et les meilleurs pratiques. Nous entrons dans cette phase où nous garderons le meilleur et laisseront le pire au passé.

Le rapport fourni son lot d’informations utiles (je m’appuie très régulièrement sur leurs chiffres pour mes présentations de sensibilisation à l’intérêt des réseaux sociaux). Comme chaque année, les interprétations des mesures réalisées offrent une vision nuancée de la place des réseaux sociaux dans notre quotidien.
Observatoire des réseaux sociaux

Cette place, comme le concluent les auteurs du rapport, n’est pas au centre de notre sociabilité comme on peut l’entendre parfois. Ca va mieux en le disant, car on a encore besoin de le dire. Nous sortons progressivement de l’ère des croyances où les réseaux sociaux étaient soit :

  • l’enfer :  nos données personnelles seront volées, nos adolescents seront poussés au suicide, les terroristes y préparent leurs attentats, etc.
  • le paradis : oubliez le monde ancien, les réseaux sociaux sont le passage obligé à toute forme de communication, font élire les présidents, rapprochent l’humanité, renversent des dictateurs, etc.

Non les réseaux n’ont pas envahi nos vies car nous ne sommes pas bêtes à ce point et nous apprenons naturellement au fil des ans à dompter ces outils et à les utiliser à bon escient.

Nous ne quitterons pas les réseaux sociaux : 6% des utilisateurs seulement envisagent de se désinscrire.

 

Auteur du billet : 

J'accompagne les entreprises dans leur communication sur les médias et réseaux sociaux : stratégies de contenu et d'animation, community management, formation, conférences. Je suis basé à Rennes, en Bretagne.