Les réseaux sociaux catalyseurs de la « common decency » ? 1

Qu’est-ce que la « common decency » ?

L’écrivain britannique George Orwell (1903-1950) était convaincu qu’il existait chez les gens simples du peuple une « common decency », qu’on peut traduire par « honnêteté ordinaire », façon d’instinct héréditaire du bien. « Cette honnêteté ordinaire (…) s’exprime sous la forme d’un penchant naturel au bien et sert de critère du juste et de l’injuste, du décent et de l’indécent. Elle suppose donc, avant toute éducation éthique et pratique, une forme de moralité naturelle qui s’exprime spontanément sans faire appel à des principes moraux, religieux ou pratiques ». (Source : La banalité du bien, Le Figaro>;Livres)

#harcelementderue

Je veux croire que la vague de témoignages de femmes harcelées verbalement dans la rue, témoignages exprimés sur Twitter, est un produit contemporain de cette « common decency ». Ces messages agacés, parfois navrés, du comportement de certains hommes sont identifiés par le hashtag #harcelementderue et apparaissent comme un écho solidaire au film « Femme de la rue » qui relate le harcèlement quotidien dont est victime une jeune belge Sofie Peeters, étudiante en cinéma, venue s’installer dans un quartier populaire de Bruxelles.

Twitter a déjà prouvé sa capacité fédératrice à l’occasion des révoltes arabes. Celles-ci ont été largement accélérées par ces réseaux sociaux qui ont permis à des dizaines de milliers de personnes, aux premiers instant du grondement, de constater qu’elles n’étaient pas seules à souffrir de leur situation et surtout à oser le dire publiquement. Voilà sans doute plus bel apport de ce outils : rompre l’isolement, libérer la parole grâce à la protection du nombre. Sur Twitter, des milliers de petits ruisseaux forment un fleuve sur lequel la presse finit systématiquement par naviguer :

De quoi cette séquence (Sentiment d’injustice partagé >; Expression collective spontanée sur les réseaux sociaux >; Médiatisation) peut-elle accoucher ? Les réseaux sociaux sont-ils un nouveau moyen de lutte contre l’injustice ? J’espère que c’est le cas. La décision de la mairie de Bruxelles de verbaliser les agresseurs, bien qu’utopique, semble en tous cas un très bon signal.

Haro sur les commentateurs

En attendant, un autre sujet (moins grave celui-ci) vient illustrer l’aide apportée par les réseaux sociaux à la « common decency » : la dénonciation collective de la médiocrité de certains commentateurs sportifs.

Je vous suggère d’écouter cette émission diffusée ce matin sur France Info, qui évoque la colère exprimée sur Twitter par les téléspectateurs affligés par certains commentateurs français couvrant les Jeux Olympiques.

Twitter était il y a peu de temps à la une des médias, autour du fameux tweet de Valérie Trierweiler. Le réseau social semble apparaître comme le bûcher des médiocrités publiques, davantage que comme d’un outil de propagande de rumeurs comme encore beaucoup voudraient le croire.

Auteur du billet : 

J'accompagne les entreprises dans leur communication sur les médias et réseaux sociaux : stratégies de contenu et d'animation, community management, formation, conférences. Je suis basé à Rennes, en Bretagne.